Rudy Kerr
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Je m’appelle Mattews Beasley, astronaute a la N.A .S.A. depuis 2008. Je ne sais toujours pas si l’aventure que je vais vous conter a été vécue dans notre macrocosme interplanétaire, dans une maille de l’univers, une zone inviolée du cosmos, dans l’espace fondamentale de la matière ou dans une antiparticule de celle-ci, ou autre chose d’indéfinissable parce qu’inconnue et tout aussi mystérieuse. Ce dont je suis convaincu, c’est de l’avoir vécu, ressenti dans le plus profond de mon être et de mon âme. J’étais peut-être encore un ersatz d’être humain, une particule infinitésimale de vie mais sûrement une lettre, qui vit, qui se meut, aime et meurt. Oui, une lettre ! -Celle-là même qui constitue notre alphabet et compose notre langage ! Une lettre qui a failli disparaître dans l’Empire des mots !
Je ne me rappelle plus où tout cela a commencé. Je marchais seulement dans le noir, un noir opaque et froid qui abolissait le moindre éclat de luminosité et de chaleur. J’errais ainsi pendant des jours, des semaines, des mois peut-être… La notion de temps ne semblait plus exister dans ces ténèbres.
Le phénomène qui m’intriguait le plus, et que pour le moment je ne parvenais pas à m’expliquer, était ma capacité à résister à la faim et à la soif. Mon corps paraissait s’habituer aux privations et mes forces physiques parvenaient à se renouveler naturellement.
Par contre mon moral était au plus bas, à fond de cale. Il se fragilisait davantage par l’incapacité de mon cerveau à répondre à toutes ces questions qui s’abreuvaient régulièrement à ces jalons de doutes, qui se découvraient tout le long de cet itinéraire inconnu et angoissant.
Comment étais-je arrivé ici ? Sur quelle planète avais-je amerri ? Pourquoi mes yeux ne distinguaient-ils plus rien et pourquoi soudain mon dos me brûlait-il ?
Des questions qui n’arrêtaient pas d’interférer et provoquer de sacrés court circuits dans mes axes neuronaux prêts à exploser à l’évocation de l’ultime et cruelle question qui me fit chanceler :
Etais-je dans un monde inviolé sans un homme pour me secourir ?
Beaucoup de temps, sans doute, dut passer quand je finis par constater, effrayé, que ma mémoire sombrait, semblait-il elle aussi, peu à peu dans le noir.
Déjà je n’arrivais même plus à me rappeler la mission qui m’avait été confiée. Pourquoi j’avais quitté… Quoi au juste ? Voilà que j’oubliais d’où je venais ! Mon nom aussi m’échappait à présent et je pressentais, terrifié, que dans très peu de temps, je ne saurais sans doute plus ce qu’est un souvenir !
Peut-être étais-je mort ? Peut-être que la mort était cette ballade impromptue dans cet enfer fuligineux, là où le soleil de l’espoir ne se lève jamais ! Mais qu’est ce déjà que le soleil ? Pourquoi avais-je pensé à ce… Une fois de plus un mot s’évaporait. Plus j’avançais et plus les mots que j’essayais d’ordonnancer, disparaissaient de mon subconscient comme si une gomme magique effaçait tout ce que j’avais appris, tout mon savoir. Je n’étais plus capable… Capable de quoi et pourquoi ? Que m’arrivait-il ? Mon dos s’enflammait, jamais la douleur ne me parut aussi incisive tandis que mon cerveau délabré ne parvenait plus à élaborer la moindre idée, un soupçon de pensée. Il n’y avait plus que cette sensation d’assister à un film se déroulant en accéléré dont les images, de plus en plus rapides, disparaissaient peu à peu.
Je m’étais à présent, et malgré moi, résolu à admettre l’insupportable vérité : l’effacement inéluctable de ma mémoire. Même si je ne pouvais estimer l’échéance fatale, je savais déjà que tout mon passé allait sombrer inexorablement dans l’oubli le plus profond ; que je deviendrais semblable à l’ectoplasme d’un mort vivant, une espèce de fœtus, un embryon de particule cosmique.
Mais c’est quoi, ça déjà ?